Je me souviens de mon saisissement quand j'ai découvert Faits divers de Bernard Delvaille en 1976. Il y a dans cet ensemble tant de suspens, de ricochets pour dire le beau et le laid, avec des clins d'œil en anglais qui évoquent le rock et la pop music d'outre-Manche et d'outre-Atlantique. Le relisant, je retrouve intacte ma fascination pour le bref. Cette poésie est volatile, dit la quatrième de couverture, qui ajoute : "La poésie, le bruit en court, peut être mortelle. Ainsi de l'expérience vécue, faits divers ou cartes postales, hideux feuillets d'un carnet de damné. Il est un point où, de désir, elle devient audace. Riche et forte de sa nuit, elle prend des risques et se fait connaissance. Elle révèle le poète, comme le sel d'argent l'image. Elle est "la langue naturelle de ce que nous sommes sans le savoir", écrit Joë Bousquet."
Les roses
sont brûlées de nuit
Nous avons acheté
dans un fish'n chips
encore ouvert
du poisson pané chaud
à la sortie de Theatre of the Blood
à l'Odeon Palace
que nous sommes allés manger
saupoudré de gros sel
dans une petite rue
une maison de poupée
dont
la salle à manger est
une carte postale japonaise
*
Un verre
de jus de pamplemousse
non sucré
et le brouillard
sur les toits
Le journal déposé
à cinq heures
devant la porte
dans le couloir qui sent
les odeurs ménagères brûlées
- Le thé
comment l'aimes-tu
Tout est gris
feutré comme cendre
Le bacon est danois
*
S'attendre
à l'aube
à l'amour
à midi
à l'amour
à toute heure
à la muscade
à la mort
- et les bateaux
projettent
leur lumière
Nous sommes seuls
- crois-tu ? -
Un aigle vole
et nous emportera
Respirer
est interdit
dès le seuil
*
Cancrelat
tu n'es qu'un
- l'eau noire
oranges
clapote
le mur suinte
d'urine
La police
en grand deuil
passe
éclaire
les ordures ménagères
Tu es repu
*
C'est le temps
où le temps
s'allonge
et ta tempe
bat
La fenêtre
s'ouvre
sur la blancheur
des murs
du parking
et dans
Sheridan
Sq.
un homme seul
regarde passer
un garçon qui chancelle

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