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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

jeudi 20 août 2026

Relire Bernard Delvaille, Faits divers


Je me souviens de mon saisissement quand j'ai découvert Faits divers de Bernard Delvaille en 1976. Il y a dans cet ensemble tant de suspens, de ricochets pour dire le beau et le laid, avec des clins d'œil en anglais qui évoquent le rock et la pop music d'outre-Manche et d'outre-Atlantique. Le relisant, je retrouve intacte ma fascination pour le bref. Cette poésie est volatile, dit la quatrième de couverture, qui ajoute : "La poésie, le bruit en court, peut être mortelle. Ainsi de l'expérience vécue, faits divers ou cartes postales, hideux feuillets d'un carnet de damné. Il est un point où, de désir, elle devient audace. Riche et forte de sa nuit, elle prend des risques et se fait connaissance. Elle révèle le poète, comme le sel d'argent l'image. Elle est "la langue naturelle de ce que nous sommes sans le savoir", écrit Joë Bousquet."

 

Les roses

sont brûlées de nuit

Nous avons acheté

dans un fish'n chips

encore ouvert

du poisson pané chaud

à la sortie de Theatre of the Blood

à l'Odeon Palace

que nous sommes allés manger

saupoudré de gros sel

dans une petite rue

une maison de poupée

dont

la salle à manger est

une carte postale japonaise 

*

Un verre

de jus de pamplemousse

non sucré

et le brouillard

sur les toits

Le journal déposé

à cinq heures

devant la porte

dans le couloir qui sent

les odeurs ménagères brûlées

- Le thé 

comment l'aimes-tu

Tout est gris

feutré comme cendre

Le bacon est danois

*

S'attendre

à l'aube

à l'amour

à midi

à l'amour

à toute heure

à la muscade

à la mort

- et les bateaux

projettent

leur lumière

Nous sommes seuls

- crois-tu ? -

Un aigle vole

et nous emportera

Respirer

est interdit

dès le seuil

*

Cancrelat

tu n'es qu'un

- l'eau noire

oranges

clapote

le mur suinte

d'urine

La police

en grand deuil

passe

éclaire

les ordures ménagères

Tu es repu

*

C'est le temps

où le temps

s'allonge

et ta tempe

bat

La fenêtre

s'ouvre

sur la blancheur

des murs

du parking

et dans

Sheridan 

Sq.

un homme seul

regarde passer

un garçon qui chancelle 

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