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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

vendredi 14 août 2026

Relire l'Anthologie de Bernard Delvaille, 1


 Ah ! que les anthologies vieillissent mal ! Je retrouve celle de Bernard Delvaille, intitulée La nouvelle poésie française, deuxième édition en 1974, et, comment dire, j'ai l'impression de me balader dans un cimetière. Alors je butine parmi les 98 auteurs répertoriés, la plupart oubliés depuis longtemps. La poésie, y compris la mienne, est un limon souillé dans un marais dont les remugles empestent. Alors, je me contente de déposer ici quelques bribes.

On s'invente des filles en papier

Le soir au bord du vide

Pour le combler (Richard Belfer)

*

souvent je crois que j'irai plus loin

par exemple jusqu'aux origines

le vivre est antérieur à la parole

l'être au faire et au paraître

oui je sais que j'irai beaucoup plus loin

par exemple jusqu'au

                                silence (Daniel Biga)

J'avancerai plus loin que les gares, aux abords des cimetières et des champs labourés,

Et quand j'aurai dépassé les rameurs, je ferai lever des champs de longues rangées de jeunes filles, bleues comme des parapluies. (Michel Cahour)

une fenêtre serrant le jour

et le geste impossible d'ouvrir

horizons

forte odeur d'hier

une lèpre à mourir

grésille en votre lassitude (Christian Da Silva)

*

Je fais les trottoirs de la ville

à la recherche d'un mâle

pour ne pas coucher seule ce soir

la retape sur le quai du canal

où les réverbères font des lueurs si tristes (Jacques Donguy)

*

Un soir de trains qui se jettent à poings fermés dans la nuit

Un soir de sang sur les vitres

Et de main qui cherche son appui sur les lampes

Quand les rêves ne s'accordent plus

Que dans les visages complices de la pluie (Georges Drano) 

 

 

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