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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

samedi 15 août 2026

Relire l'Anthologie de Bernard Delvaille, 2

En fait, ce sont peut-être les poètes du Manifeste électrique et du Manifeste froid qui ont mal vieilli dans cette anthologie. Les recherches textuelles et formelles, poussées parfois aux frontières de l'illisibilité, désincarnent le sujet écrivant et/ou lisant. Dans les années soixante, la nouvelle poésie, bercée par les riffs d'outre-Atlantique qui dépeçaient les harmonies en donnant dans le psychédélique, voulait dépecer la langue endormie. Il s'agissait de déconstruire les vieux parapets des mots, provoquer des collisions pour étendre aux confins de l'infini l'ivresse du sens. C'était l'époque de la sémiologie triomphante, des extases LSD et des contestations de l'épouvantable aragne capitaliste. Je m'en amusais beaucoup. J'étais un étourneau si jeune... Alors, je continue mon butinage. Voilà tout.

L'aube comme une boule de billard ne comprend pas que je lui demande d'être plus vierge, plus infantile, d'être plus lente et plus naïve 

à mon élément de chair brute

qui s'égosille à être le ciel. ( Daniel Habrekorn) 

*

J'ai assez parcouru les avenues désertes

Et ouvert des portes vermoulues

Sur le passé plié dans le fond des armoires

Laissez-moi partir il est l'heure

On meurt d'être toujours en retard d'un matin (Christian Hubin)

*

Les nerfs étirés des rivières

ont des fraîcheurs lentes,

des goûts de peau et d'attentat.

La clarté du sang,

qui ne fait qu'un tour,

brise la vitre endormie. (Jacques Izoard)

*

Etrange capitale

où se noient les chevaux

d'un autre monde

bascules interdites aux oiseaux noirs

enfant dont le chant

vibre dans les gares

rues sans mémoire

aux alentours des places

portes sanglantes

qui crachent sur les passants

marche forcée des crieurs

journaux

accroc des mauvaises nouvelles (Michel Merlen)

*

L'inclinaison indispensable de la combe et du verbe

Tout déplacement l'entraîne tout silence crié l'installe

Tout territoire, chant inattendu, l'exile. (Matthieu Messagier)

*

Querelle des phrases et des arbres ;

les paroles jouent des coudes, se pressent,

se pillent,

se saccagent, égorgent des outres,

commencent une escapade de linge frais

ou la vannerie d'un pré (Jean-Pierre Otte) 

 

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