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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

dimanche 6 septembre 2026

La Page Blanche, N° 68


La revue La Page Blanche s'accompagne toujours d'une page grise. C'est que le blanc ne va jamais de soi et surtout pas sur une page déjà chargée de toutes les couleurs avant que de s'ouvrir au désir d'écrire. Elle a besoin, pour exister, d'une page grise, comme un ubac où se trament les ombres mêlées du visible et de l'invisible.

Dans cette soixante-huitième livraison,  la rubrique Simple poème accueille Tom Saja qui, le nez dans le cul des vaches, s'en prend à L'amour de la vie. Le monde des paysans est bien malade. "le fermier avait encore / les vaches à traire / les moutons à tondre / les haies à ratiboiser / les factures à payer / le tracteur à réparer : le démarcheur à envoyer chier / mais il est resté semer un peu de joie dans les yeux de mon fils". Rien n'est jamais totalement perdu.

En écho, la poésie pince sans rire de Laurence Lagrange qui démonte les idolâtries  océanes : "Je fais quoi ici    aucune réponse de l'océan    toute une vie à attendre        si peu importante    un ectoplasme    sans chair ni os    sans odeur        un rire jaune me répond    les dents sont des rasoirs"

Notons également les saccades assombries de Christophe Condello : "nous revêtons l'usure / des caresses atrophiées / saisons opacifiées / entre les deux yeux / demain / un costume de sapin / mis en terre". 

Puis voilà les  Poètes de Service ; de longs passages leur sont ouverts. Notons Marie Rouzin : " Tu cherches le silence / Ta langue est sans or sans capital / Pauvre héritage / À peine connais-tu l'art de creuser pour trouver les filons des métaphores". Relevons aussi Claire Gauzente : "mettre ta cervelle dans tes mains / plier ranger / remiser dans le placard au fond / sous les torchons du bas / passer à la javel chaque cellule de ton corps / plier ranger / recommencer".

La rubrique Séquences immerge le lecteur dans les profondeurs pariétales chères à Patrick Modolo où l'art "s'enfonce dans les ténèbres du temps" selon les mots de Baudelaire. " Bouteille / À la terre / Capsule / Temporelle / Enfouie / Enterrée / Vivante / Comme / Pour mieux / Ressusciter / Au grand jour / À la lumière / Du sens". Autant dire que nous n'en finirons jamais avec ladite bouteille, garante de l'éternité des arts tant que les hommes demeurent.

Remarquons également Julien Boutreux qui [prévoit la fin du monde pour la fin du mois] et Philippe Blondeau déclarant : "La bête ne sait pas qu'elle meurt / et sa souffrance semble pure / s'étonne-t-elle malgré tout / comme nous de se souvenir ?"

Il est évidemment impossible de passer en revue tout le blanc de ces pages. Notons quand même une note de lecture sur L'odeur du graillon de Rémi Letourneur, publié chez Cheyne. L'auteur est comparé à L.F. Céline, Reverdy et Lautréamont alors [qu'il tient sa solitude par la taille]. Tout en taillant la route loin de ses parents qu'il a abandonnés dans sa couveuse...

Et terminons avec La page grise, définie comme suit : "une longue page d'expérimentations littéraires, [qui] offre ses colonnes aux débuts prometteurs comme aux fins assumées". Avec ici la mise en lumière de Clarisse et Hubertus d'Alain Rivière, pièce de théâtre où la poésie occupe toute la place avant même d'entrer en scène. 

Pour mémoire, La Page Blanche a été fondée en 2 000 par Constantin Pricop, Pierre Lamarque et Mickaël Boris Lapouge. N'hésitez pas à la commander à votre libraire préféré. Elle vaut bien des détours, entre le blanc et le gris où la palette du multicolore aime à se déplier. 

2 commentaires:

  1. j’apprécie beaucoup ce que j’ai lu du poète boudou dominique veux-tu de mon amitié de mon égalité de ma liberté de ma fraternité de ma solidarité littéraire ou de quelque chose comme ça

    lamarque pierre

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