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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

jeudi 24 septembre 2026

Paul Lynch, Le chant du prophète, 1


Un jour, en Irlande, un parti d'extrême-droite, le National Alliance Party, accède au pouvoir.  Pendant les deux premières années, rien ne se produit de vraiment fâcheux malgré le remplacement de la Sécurité intérieure par le GNSB. Mais il y a des "bruits qui courent depuis quelques mois".  Quelque chose se prépare.  Puis l'état d'urgence est déclaré. Les "attributions et prérogatives du GNSB ont été élargies en vue du maintien de l'ordre public". La dictature est en marche. Implacable. 

Larry Stack, enseignant syndicaliste, est convoqué. Toute manifestation est considérée comme une atteinte à l'autorité de l'État. L'épouse de Larry, Eilish, est docteure en biologie moléculaire. Elle perd son emploi dans un laboratoire de recherche où le nouveau directeur montre fièrement son insigne du NAP. L'araignée maléfique étend sa toile. Le drapeau de l'Irlande s'affiche de plus en plus aux fenêtres de Dublin. Dans les supermarchés, dans les bars, de nombreux quidams tendent l'oreille. Même le voisinage immédiat devient une menace.

Eilish, la narratrice, tour à tour effondrée et combative, se demande ce qui est vrai dans le vrai, peine à faire la part des rêves tapis dans son corps caverneux. Que va devenir son fils Mark qui ressemble de plus en plus à son père et veut s'engager contre l'oppression ? Que vont devenir Bailey et Molly, presque des enfants encore ? Quel futur pour le petit dernier, Ben ? Le chant du prophète ouvrira-t-il quelque issue ?

Alors que l'extrême-droite monte partout en Europe et que l'Afd en Allemagne conquiert des lands et que Jean-Philippe Tanguy du RN dit que "le travail rend libre", reprenant la sinistre formule des camps de concentration, Arbeit macht frei, le lecteur sent le poids d'une enclume sur son estomac.

Alors que de plus en plus de libéraux classiques déclarent qu'ils voteront RN au deuxième tour de la présidentielle en 2027 si Mélenchon est le compétiteur de Le Pen (Raphaël Enthoven, Luc Ferry, Franz-Olivier Giesbert...), une deuxième enclume pèse lourdement sur le lecteur. 

Alors que le grand patronat, lequel s'est toujours accommodé du fascisme, et ses sbires télévisuels déclarent urbi et orbi qu'il faut travailler 40 heures par semaine payées 35 (François Lenglet) et cesser de rembourser les petits congés maladie (Patrick Martin), une dernière enclume finit de terrasser l'espoir.

Voilà en tout cas un roman puissant, porté par une langue fiévreuse, obsédante et souvent poétique. On verra bien dans huit mois ce que ça va donner, tout ça.

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