Qui êtes-vous ?

Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

mercredi 23 septembre 2026

Relire Cioran, Ebauches de vertige, 2

 

Comment ne pas se reconnaître, un tant soit peu, dans les fragments qui suivent. La mémoire persistante de nos organes conduit notre pensée dans de vaines complications et notre tourment, nourri par l'empêchement, taraude la chair jusqu'à la suffocation. Alors oui, un rire hystérique peut nous prendre, comme si nous contemplions notre cercueil. Quant à l'œuvre, voilà en effet un vocable surdimensionné. Les passions empoisonnent le verbe. La fatigue, oui, entretient parfois quelque feu qui éclaire un bout de chemin et apprivoise deux ou trois ombres. Mais on se lasse aussi de la fatigue. On cherche l'indolence, vautré sur un canapé, les yeux mi-clos, et on attend le flou ultime qui nous endormira.


"La fièvre anime une œuvre, - pour combien de temps ? Souvent la passion est cause que des ouvrages datent, alors que d'autres, produits par la fatigue, affrontent époque après époque. Intemporelle lassitude, pérennité du dégoût froid."

*

"Dans mon enfance, profond ébranlement quand j'entendis mon père raconter, retour du cimetière, comment une jeune mère, ayant perdu sa petite fille, éclata de rire au moment où l'on descendait le cercueil dans la tombe. Accès de folie ? Oui et non. Car lorsqu'on assiste à un enterrement, devant l'absolue duperie démasquée, n'a-t-on pas envie de réagir comme cette femme ? C'est trop fort, c'est presque de la provocation, la nature exagère. On conçoit qu'on puisse sombrer dans l'hilarité." 

*

"L'indolence nous sauve de la prolixité et par là même  de l'impudeur inhérente au rendement."

*

"Tout ce qui arrive est à la fois naturel et inconcevable. C'est la conclusion qui s'impose, que l'on considère les grands ou petits événements."

*

"On est tenté de soutenir que tout ce qui étonne et détonne dans une civilisation avancée est le produit de nouveaux venus, d'immigrants, de marginaux avides d'éblouir... d'une pègre raffinée."

* 

"Nous oublions le corps, mais le corps ne nous oublie pas. Maudite mémoire des organes !" 

*

Penser, c'est courir après l'insécurité, c'est se frapper pour des riens grandioses, s'enfermer dans des abstractions avec une avidité de martyr, c'est chercher la complication comme d'autres l'effondrement ou le gain. Le penseur est par définition âpre au tourment." 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire