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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

dimanche 11 octobre 2026

L'oubli, ce grand silence assourdissant


Il y a peu, j'étais invité à la librairie Olympique pour évoquer mon roman La tentation des combles paru aux éditions Fables fertiles. Arrivé plus tôt afin de mettre la dernière main à l'entretien avec Maïalen Lafite, la conversation a roulé sur mon parcours d'auteur. Une conversation qui roule n'amasse pas mousse en la mémoire. Il a été question de mon premier roman, Un grand silence paru aux éditions le Bord De l'Eau en 1995 et, ô stupeur ! je ne me souvenais de rien. Quelques paysages, peut-être, me sont revenus, de rivières et de combes, de coteaux suffoqués, et c'est tout. Mais je ne peux l'affirmer. Ce genre de paysage sillonne tous mes écrits car mes enfances y ont grandi. Et, surtout, j'avais totalement oublié que le personnage principal est muet. Ma sidération était telle que j'ai rigolé. Contre le désemparement, le rire est une chimie souvent plus efficace que celle des laboratoires. 

Alors, ma compagne Brigitte Giraud a dégainé son téléphone et interrogé l'IA qui a pondu en moins de temps qu'il n'en fallait à Yul Brynner pour se faire la raie au milieu (clin d'œil à sa calvitie moquée par le commissaire San Antonio) un résumé circonstancié dudit livre. Lequel je me suis empressé d'oublier dès que nous sommes sortis de la librairie après avoir bu quelques verres de vin du château des Demoiselles sis à quelques encablures de Saint-Émilion et causé de tout et de rien, y compris en espagnol avec la poète Imasango. 

Bien sûr, le lien entre l'oubli et le titre de mon roman s'est vite imposé dans les scissures de mon cerveau. Avec cette question primordiale que vingt ans de psychanalyse n'ont pas éclairée.

Pourquoi, hors tout trauma, certains oublis sont-ils absolument nécessaires à l'homme ? Relèvent-ils des suints endurés ante partum, que la naissance augmente en leurrant d'emblée les possibles du réel imaginaire ? L'idée est séduisante en ses vertiges qui nourrissent toute création humaine depuis les commencements. L'inconvénient d'être né, comme celui de mourir, ne sont peut-être que des limons égarés dans les remugles sidéraux. Si liquides soient-ils, leurs mystères sont des forteresses de pierres, vides, forcément vides.

image : une création de ma compagne pour me rappeler qu'un peu de réel existe malgré tout, dans le lien amoureux qui nous tient. 

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