(Bon ! Inutile de tourner autour du pot. Je n'aurais pas écrit ce poème classique au pied levé il y a seulement un an. Mais là, eh bien, c'est là. Et il va falloir se débrouiller avec...)
Retrouver les gestes du peu
Celui de l'eau qui peine à goutter
Celui du pain dur sur l'assiette grise
Celui de la laine démaillée
Celui du près où sont tant de lointains
Retrouver les gestes du peu
Avec le regard ouvert aux ombres
Avec l'oreille apprêtée aux bas bruits
Avec les caresses au bout des doigts
Avec le parfum discret des jardins
Retrouver les gestes du peu
Pour soutenir l'humain qui chancelle
Et l'effroi de l'oiseau
Pour encourager l'herbe entre les pierres
Et le sourire de l'enfant perdu
Retrouver les gestes du peu
Contre les voitures à gros calibre
Et la démesure des bouffis
Contre les images qui vocifèrent
Et les phrases qui endorment
Se retrouver soi dans le peu
Se retrouver avec l'autre dans le peu
Autour du feu qui rassemble les peaux
Loin des ogres jamais rassasiés
Et du ciel pulvérulent
Les pleurs de la terre ne sont pas une fatalité
Le fracas des armes n'est pas une fatalité
L'eau le pain et la laine portent notre vie
Les mains tendues la soutiennent
Les monstres ne nous la voleront pas
Image prise à Saint-Zacharie dans le jardin de Gérard qui connaissait les gestes du peu

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