mardi 7 mars 2023

Axel Honneth, La société du mépris, 1

 La société du mépris d'Axel Honneth est un ouvrage de philosophie sociale. Dans le premier chapitre, il décrit longuement comment cette science humaine s'est construite depuis Rousseau et Hegel jusqu'à nos jours en passant par la naissance de la sociologie à la fin du dix-neuvième siècle puis, plus tard, la célèbre école de Francfort. 

Intéressons-nous au deuxième chapitre intitulé Une pathologie sociale de la raison. La question posée est la suivante : "Quels sont les expériences, les pratiques ou les besoins qui permettent de maintenir, chez l'être humain, un intérêt à la pleine réalisation de la raison, malgré les déformations ou les limitations de la rationalité sociale ?"
Il faut d'abord distinguer ce qui, dans le corps social, relève de "relations pathologiques et de relations intactes, non pathologiques". La société est-elle "une organisation irrationnelle", "un monde administré", "une société unidimensionnelle" assortie d'une "tolérance répressive" ou, encore une "colonisation du monde vécu" ? Comment, dès lors, et par quels critères éthiques, réaliser une vie bonne et réussie ?
Déjà, Hegel percevait son époque comme "une multiplicité de tendances au déclin du sens pouvant uniquement s'expliquer par une appropriation insuffisante d'une raison déjà possible objectivement". Progrès historique et éthique ne vont pas forcément l'amble, c'est bien connu.
Theodor W. Adorno conteste radicalement "toute possibilité d'une théorie morale universelle, parce que les dommages de la vie sociale ont conduit désormais à une telle fragmentation du comportement individuel que toute orientation vers des principes supérieurs n'est, de manière générale, plus guère possible".
Il partage avec Herbert Marcuse une prémisse d'ordre esthétique : "les formes d'action mutuelles les plus appropriées à la réalisation de soi sont celles dans lesquelles la nature humaine peut se manifester sans coercition en satisfaisant des besoins sensoriels dans une interaction avec l'autre".
Jürgen Habermas, en accord avec eux, ajoute que "la réalisation de la liberté individuelle est liée à une praxis commune qui dépasse le seul produit de la coordination des intérêts particuliers".
Mais comment définir une telle praxis ? Elle ne peut procéder que d'un "examen rationnel" et non seulement de "liens affectifs d'appartenance". Il faut réintroduire la sociologie dans le champ de la philosophie sociale. "Les conditions sociales produisant la pathologie des sociétés capitalistes ont pour spécificité structurelle de dissimuler les faits qui devraient tout particulièrement occasionner la critique publique la plus massive".
L'actuelle anomie sociale est due à son caractère unidimensionnel porté par "une relation d'aveuglement". L'école de Francfort est convaincue que "le potentiel rationnel de l'être humain se déploie dans des processus historiques d'apprentissage dans lesquels des solutions rationnelles sont indissolublement liées à des conflits quant au monopole du savoir"... "au prix d'une exclusion de certains groupes sociaux" par les groupes dominants.

Nous verrons dans l'article suivant comment Habermas définit les différents processus d'apprentissage pour sérier les rapports au monde de l'être humain par la praxis langagière.

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