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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

mercredi 11 mars 2026

Le syndrome Lacombe Lucien en poésie


Lacombe Lucien
est, rappelons-le, un film de Louis Malle. Un adolescent veut s'engager dans le maquis mais, estimé vraiment trop jeune, il n'est pas admis. Rongé par le dépit, il devient milicien.

J'observe dans le milieu de la poésie une porosité grandissante aux sirènes de l'extrême-droite. En réaction à l'imperium de la gauche sur le monde de la culture. Des auteurs (et autrices) ne s'estiment pas assez reconnus, voire carrément rejetés par les radaristes de l'édition. Leur ressentiment est tout à fait entendable et souvent légitime. Mais ils endossent le costume du desdichado. Pourquoi pas ! Ça a pu m'arriver aussi. Sauf que, ayant chez moi quelque perroquet à l'angle d'un couloir, je le déboutonne, ce fichu costard. Il est vraiment trop serré et mes entournures sont à la peine. C'est ainsi que je me sauve du mal. 

Car nos desdichados (et desdichadas), à force de s'en prendre aux hiérarques parfois un peu stals, se tournent vers les maudits que l'atrabile a fait basculer du côté de la droite la plus rance. Très grand danger qui me soucie prou. Le parallélisme fallacieux qui conduit le discours commun à vouer aux gémonies LFI tout en passant le RN à la savonnette à vilains ouvre grand les portes aux spectres pétainistes pour la présidentielle de 2027. 

Alors mon message est simple : "Chers desdichados (et desdichadas), la gauche bien-pensante a évidemment ses discours prêts à porter, ses histrions tonitruants sur des tréteaux sans planches mais ses extrémistes tuent beaucoup moins que les fanatiques catho-identitaires. Les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur sont éloquents. L'ultra-droite dézingue 4 fois plus que l'ultra-gauche. Ce qui, bien sûr, ne signifie pas que l'ultra-gauche est 4 fois moins coupable. Toutes les violences, physiques, symboliques et imaginaires, doivent être bannies des représentations politiques. Il y a, in fine, toujours le même gagnant misant sur les peurs : le libéralisme et son bras armé, le capitalisme débridé. Alors, opposer par exemple Annie Ernaux à Richard Millet dans l'actuel charabia dominant presque tous les écrans, revient, que vous le vouliez ou non, à relégitimer le deuxième quand vous condamnez moralement la première au bûcher. D'aucuns diront, en un jugement hâtif, que vous-mêmes penchez du côté obscur de l'échiquier. Des portes risquent de vous être fermées et votre isolement souffrira davantage."

Rédigé sous les coup de l'émotion, j'ai conscience que cet article n'est pas assez rigoureux. Aussi, je retourne au petit livre que je lis, Dialogue sur notre nature humaine de Boris Cyrulnik et Edgar Morin. Il nous rappelle l'absolue nécessité de la pensée conjonctive et la prise en compte du double mouvement entre les parties et le tout pour forger une compréhension non invalidable des sciences humaines. C'est avec ces grandes figures de notre patrimoine intellectuel que l'espoir se ressaisit, pas avec les mantras des réseaux de l'illusion identitaire.

À tout bout de champ j'entends parler de résistance. Résister au syndrome Lacombe Lucien est aujourd'hui une priorité. En pensant à nos parents et grands-parents qui se sont battus pour la liberté pendant la deuxième guerre. 

Image : collage de Brigitte Giraud 

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