La revue Dissonances aura 25 ans en 2027 si d'ici là, "des psychopathes ne nous explosent pas la planète". Ainsi parle Jany Pineau dans son édito de la cinquantième livraison dont le thème est Vivre. Ah ! que voilà un fleuve intranquille en ses remous et remugles !
Dès la naissance le grand charivari commence "forcepsement par une expulsion", "dégage ! barre-toi ! sors de mon corps (petit) satan !", écrit Pascal Arnaud dans grelots grelots.
Dans 50 625 suicides ratés (choisir quatre items à la suite, un par liste), Julien Boutreux traite avec humour les empêchements de vivre, les façons les plus grotesques d'y mettre fin et les renoncements qui nous tiennent sous le joug de l'absurde.
Celui du travail par exemple. "Le corps ne sert plus à rien, dit le croque-mort du module de navigation. Vous n'avez plus besoin de vous déplacer, il suffit de tenir le lien avec le monde entier, de cliquer sur les rêves en promotion", observe Charles Dessailly en son Open space et ses désabus.
Mais il y a, pour combien de temps encore ?, des situations où le métier de vivre produit du sens et du soin. La boîte à gâteaux de Benoît Toccacieli donne la parole à un pompier qui essaie de ranimer un accidenté sur une autoroute. Ceux qui tiennent de Nathalie Jacquemard évoque un hôpital d'urgence sous les bombardements. Dans Anti-chambres, Stéphanie Vermot-Petit-Outhenin offre à des adolescents souffrant du mal de vivre la complexité "des verbes sans sujet".
Notons aussi Fragments de la vie d'un chômeur, jour 302 de Guillaume Llong : "Et tu rentres avec plein de restes, des rêves brisés, des bouts d'étoiles que tu n'as pas su saisir".
En écho, Le soir est tout plié de Brigitte Giraud : "on oublie les sales rêves, on tente le diable, on dit qu'on joue pour avoir moins peur, et on met de côté les misères, on les rince à grande eau, d'un coup, un bon coup, comme on se désaltère".
Dans la rubrique Discursions, le poète-performeur Heptanes Fraxion conseille aux auteurs cherchant leur premier éditeur de se brosser les dents et trouve la dépouille d'un banquier éminemment érotique.
S'ensuivent quelques chroniques dissidentes sur les ouvrages de Matthieu Lorin (Cartographie d'une rancune, éd La crypte) par Tristan Félix, de Fanny Quément (Partir en 404, éd Le nouvel Attila) par Justine Arnal, de David Park (Rappel à la vie, éd La table ronde) par Isabelle Guilloteau...
Enfin, Alban Lécuyer nous livre sa dischronie pour l'hiver 2025 : " Ceux qui s'échinent encore à coller ensemble des bouts de film, à reprendre inlassablement la première phrase d'un roman ou à injecter un peu d'émotion dans une image qu'aucun robot n'a trafiquée, derniers témoins d'un temps sur le point de basculer, sont condamnés à disparaître ou à mettre le feu aux fermes de serveurs informatiques".
La revue Dissonances accordant une large place aux images, notons les belles réalisations d'Érick Jonquière : fils électriques, femme en flou sortant du bain, escalator vide, arbres à sabots piquetés par la neige...). Dans son autoportrait, il dit : "La lecture photographique est un braconnage au travers duquel le lecteur, dans son intimité, recompose l'image qui lui est dévoilée en y introduisant son propre univers. L'image est l'expression d'une impression. Si le beau n'était pas en nous, comment le reconnaîtrions-nous ?"
Dissonances compte 73 pages grand format avec un supplément de 19 audios à saisir via des QR codes. Le thème du prochain numéro est Bizarre. N'hésitez pas à envoyer vos textes avant le 24 juillet. Ils sont anonymisés par le secrétariat de la rédaction avant d'être soumis au comité de lecture. Ce qui signifie que l'auteur inconnu a autant de chances que celui qui a déjà publié plusieurs livres. Attention toutefois, la concurrence est rude. Seules 19 propositions seront retenues alors que la revue en reçoit entre 300 et 400 pour chaque livraison.
Et Dissonances ne coûte que 9 €. En étant aussi belle que des revues à 25. Ce souci d'accéder au plus grand nombre ne se trouve pas partout, c'est le moins qu'on puisse dire.

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