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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

dimanche 21 juin 2026

Sympathie > Empathie, ce glissement-là


Depuis quelques années, le discours politique et médiatique remplace à bas bruit le mot "sympathie" par le mot "empathie", que l'on croit, à tort, synonyme. Ce discours est de plus en plus souvent repris dans la langue ordinaire.

Il m'apparaît nécessaire de me pencher sur ce glissement-là. Un détour préalable par les dictionnaires s'impose. Butinons-y.

Sympathie : 1 - "Terme de physiologie. Rapport existant entre deux ou plusieurs organes plus ou moins éloignés les uns des autres, et qui fait que l'un d'eux participe aux sensations perçues ou aux actions exécutées par l'autre. Il y a sympathie entre les parties d'un même organe et entre les organes divers d'un même appareil." 

2 - "Penchant instinctif qui attire deux personnes l'une vers l'autre." (Littré)

Empathie : "Capacité de s'identifier à autrui, d'éprouver ce qu'il éprouve." (Cnrtl)

"Comme le dit le philosophe allemand Theodor Lipps, l'empathie est une "jouissance objective de soi" : elle rend visible les émotions." (Philosophie magazine)

La sympathie est la construction d'un lien. En soi et hors soi. Un double mouvement s'opère où l'émotion instinctive se change en un sentiment assorti d'une endophasie avec ses représentations imaginaires. 

L'empathie ne construit pas de lien. S'imaginer à la place d'un autre, en ses souffrances comme en ses joies, n'induit pas un rapport de solidarité. Et puis, comment s'y mettre vraiment à la place d'un autre ?  Certes, on entend souvent l'expression lorsqu'une personne exprime un désarroi, qui dit la compassion : "Je me mets à ta place". Si un lien de  sympathie précède cette empathie, la formule est sincère. Sinon, elle l'est beaucoup moins, sert en effet une "jouissance de soi". 

Personnellement, je sais que je ne peux pas me mettre réellement à la place de quelqu'un d'autre. Lorsque je marche dans mon quartier, je passe devant une petite voiture à l'entrée d'un entrepôt. La vitre arrière gauche est bâchée. L'habitacle est encombré d'objets de toutes sortes. Je crois avoir aperçu un mini ventilateur sur le tableau de bord. Une femme vit là, dort là. Oh ! bien sûr, comme tant de gens, je peux céder à la litanie des vœux pieux : "on ne devrait pas laisser faire ça. Les autorités n'ont pas la volonté d'agir. Il y aurait des solutions pourtant". Et je passe mon chemin. De toute façon, la pauvreté et la misère s'étant accrues ces dernières années alors que les profits des très riches atteignent des sommets vertigineux, la précarité s'invisibilise de plus en plus.

Pour conclure cet embryon de pensée qui échoue à panser, une citation de Yannick Fassier dans son dernier ouvrage, Alcyonia : "Comment se fait-il qu'en tant que parents nous soyons toujours prompts à dire que nous sommes touchés lorsqu'un drame survient, lorsque d'autres perdent leur enfant ? "Cela aurait pu arriver à mon enfant !", voilà ce que nous disons spontanément. Si je ne dénie à personne l'empathie qui se loge dans ces mots, je ne peux m'empêcher d'y lire aussi une forme de soulagement : "Heureusement, cela n'est pas arrivé au mien !". Mais une fois cela reconnu, ne pourrions-nous pas naviguer autrement, pour éviter d'échouer toujours sur cette pensée à la perspective si pauvre ?" 

Autant dire que nous n'en prenons pas du tout le chemin... 

Alcyonia de Yannick Fassier est publié aux éditions Tarmac et chroniqué sur ce blog. 

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