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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

mercredi 26 août 2026

Miguel Angel Real, Géographique Mental, 2


Dans sa préface à Geográfica Mente de Miguel-Ángel Real, Jesús Cárdenas écrit : " Pour ceux qui ont l'âme pérégrine et la curiosité innée, la géographie est une odyssée à travers le temps et l'espace, une nouvelle rencontre avec l'enfant que nous avons été, portée par l'étonnement inaugural devant l'immensité de notre planète... Le vers confère à la topographie une portée morale : demeurer au bord, accepter l'incertitude comme une façon de connaître... Chaque cicatrice sur la terre, chaque rivière qui serpente, chaque montagne qui s'élève reflètent nos propres tumultes."

Ces deux nouvelles traductions-interprétations essaient d'en témoigner, fragilement. 

 

 MEANDROS

Cómo aunar el vaivén

del agua y de la mente,

la mirada que pesa y no consigue

dominar el paisaje ?

Cómo no ser capaz

de fundirse entre las curvas del río

que se acerca y se aleja y se deshace

y se acoge a un ritmo sin preguntas

y abre recovecos con su paciencia ?

Cada vez estoy más

y soy menos, y no quiero meandros

ni aprender a revocar trayectoras. 

 

MÉANDRES

Comment assembler le va-et-vient

de l'eau et de l'esprit,

le regard qui pèse et échoue

à dominer le paysage ?

Comment n'être pas capable

de se fondre parmi les courbes du fleuve

qui s'approche et s'éloigne et se défait

et se donne à un rythme allant de soi

et s'ouvre à des replis en sa patience ? 

Chaque fois dans l'instant je suis davantage

et si peu tout au fond, je ne veux ni les méandres

ni apprendre à nier les chemins 

 

SENDERO

El barro aspira, desde su humedad,

a confinar al paseante incauto.

Pero su obstinación

es demasiado blanda.

Porque el sol permanece

y el barro se apresura a regresar

a la fragilidad que le da nombre,

se pulveriza y así, casi inerte,

espera que otras lluvias

le devuelvan entera su materia.

Con el tiempo, el barro

sabrá sobrevivir

en el recuerdo de todas las huellas

que volverán a abrir

el ciclo de los elementos puros

en este período

de inestabilidades atmosféricas.

Nosotros deberíamos tal vez

crecer de ese consuelo. 

 

SENTIER

L'argile aspire, depuis son humidité,

à contraindre le promeneur imprudent. 

Mais son obstination

est trop molle.

C'est que le soleil perdure 

et l'argile retourne vite

à la fragilité qui la nomme,

 elle s'égruge et la voilà presque inerte,

elle attend que d'autres pluies

lui rendent sa matière entière.

Avec le temps, l'argile

saura survivre

dans le souvenir de toutes les traces

qui ouvriront de nouveau

le cycle des éléments purs  

en ces durées

d'instabilités atmosphériques.

Peut-être devrions-nous

grandir en cette consolation.

 

Note sur la traduction : Pas facile du tout de traduire " Cada vez estoy más y soy menos". Il y a l'instant de l'être dans le regard porté sur les méandres, qui ancre une émotion, un sentiment, une pensée, peut-être une volonté d'essayer de maîtriser le visible lié à l'invisible. Mais cet instant passe comme passent les eaux entre apaisement et tumulte. L'être en ses tréfonds est repris par le taraud des questions. "Comment assembler le va-et-vient de l'eau et de l'esprit, le regard qui pèse et échoue à dominer le paysage ?" Alors il devient moins, durablement, et s'empêtre dans des refus contradictoires. Finira-t-il égrugé comme l'argile dans le deuxième poème ?

 

 

 

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