jeudi 3 avril 2025

C'est pas faux


A - C'est pas faux. Je m'en suis aperçu ce matin, le soleil s'est levé comme d'habitude.

B - Mais peut-être que, on sait jamais, hein, ce qui peut arriver. Un jour, ça sera la nuit définitive et on mettra du temps à le comprendre.

A - J'imagine quand même qu'il y aura des signes avant-coureurs. Les bruits par exemple.

B - Ooof ! Les bruits c'est pas facile à deviner.

A - Ils sont plus sourds.

B - Ils sont moins nombreux.

A - C'est pas faux. Si je sors ma poubelle à six heures du soir, y'a plus de bruit que quand je la sors à onze.

B - Hum ! Quand la nuit sera définitive, il n'y aura pas que les bruits.

A- On verra bien. En tout cas, on a intérêt à se préparer. 

B - Bah ! Y'a pas le feu. 

A - C'est pas faux. D'autant que le feu c'est autre chose.

B - Oui. S'il tombe du ciel c'est pas la même histoire que s'il monte de la terre. 

A - Dans les deux cas, les gens auront peur. Les plus allumés croiront que c'est la fin du monde. Il y aura des suicides, des meurtres.

B - Faudra faire attention. Je resterai sur mes gardes. Je mettrai mes chaussures de marche et un bonnet. C'est une bonne protection, contre le feu.

A - C'est pas faux mais insuffisant. Quand je sortirai ma poubelle, je prendrai des précautions plus sûres. Je pense à ma voisine, la nuit définitive, ça va la chambouler pour de bon. J'aurai peur qu'elle me saute dessus.

B - Ooof ! Nous aussi on s'ra chamboulés. Mais grâce à mon bonnet. Et à mes chaussures, même si j'ai jamais su marcher droit. 

A - Pour le moment le soleil continue de se lever, c'est l'essentiel. Inutile de...

B - Oui, mais il est plus pâle. Hier, il avait un trou au côté droit.

A - Un trou ? 

B - Absolument. Je l'ai vu bouger. J'aimerais savoir d'où il vient.  

A - Impossible. La plupart des trous n'ont pas de bords. La nuit définitive non plus. 

B - Eh bien ! on en inventera. On s'y cramponnera. J'aurai des crampons sous les pieds et dans les mains.

A - C'est pas faux. On se transformera en ventouses. 

B - Et la vie sera plus lente. C'est l'idéal dans la nuit définitive. On saura mieux s'apprivoiser. 

A - À la condition que le trou dans le soleil... S'il gagne du terrain en haut il en gagnera aussi en bas. Dans les rues, les champs, les bois. 

B - Mais pas dans nos têtes. Elles résisteront aux trous.

A - J'en doute.

B - Ah ? 

A - Ben oui. Des trous dans la tête, on en a toujours eu.

B - Plus ou moins.

A - Plutôt plus que moins. La nuit définitive aggravera le phénomène. Les trous sont liquides. Ils couleront sur nos épaules, se glisseront sous nos aisselles, etc. 

B - Tu veux dire que tôt ou tard ils atteindront notre cœur ? Puis...

A - Tout le reste oui. 

B - Jusqu'à ce qu'on disparaisse ? 

A - C'est pas faux. C'est même inéluctable.

B - Brr !

A - Bon. C'est pas que le temps m'dure mais je dois rentrer ma poubelle. Elle fuit du côté droit. Regarde !

B - Aaah ! t'as raison. C'est pas faux. 


Image : Anne-Marie Durou

vendredi 28 mars 2025

Des lycéens parlent avec Montaigne


Pendant toute une année scolaire, des élèves de la section Arts appliqués au lycée du Mirail à Bordeaux ont parlé avec Montaigne. Leurs professeurs, Christine Saint-Geours des éditions Aux cailloux des chemins et le comédien Éric Sanson se sont joints à cette conversation philosophique. Alors que notre époque est menacée par tant de dangers idéologiques et religieux, ce projet culturel apparaît comme une résistance aux offenses faites à l'humain.

Sans jamais souffrir de "pesanteurs de tête", tenant au mieux leur assiette sur le chemin traversier des concepts, ces élèves ont traduit en dessins, peintures et collages, photographies, la pensée de l'auteur des Essais. 25 cartes postales accompagnées d'une citation sont réunies sous un coffret intitulé Montaigne "Le reflet d'une vie", avec cette exergue : "Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple et ordinaire sans estude et artifice ; car c'est moy que je peins." L'humilité toujours, de notre voyageur en Italie, tantôt épicurien et tantôt stoïcien, qui savait se tenir gai jusque dans la tristesse. 

Voici quelques-unes de ces cartes postales, loin des pixels foutraques des téléphones portables...

"Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère."

La colère est inféconde car ses excès font perdre la raison. Mieux vaut essayer de garder son sang froid afin d'analyser la situation qui a conduit à la contrariété. C'est là tout un travail dans la vie ordinaire.
 

 

 

 

 

"Philosopher, c'est apprendre à mourir."

Apprendre à mourir est bien difficile puisque la mort est inconnaissable. Cependant, on peut essayer d'apprivoiser l'idée de notre finitude. Pour que les instants vécus dans la banalité des jours se tiennent un peu gais même quand l'humeur vire au sombre.
 

   




"Je ne peins pas l'être. Je peins le passage : non un passage d'âge en autre, ou, comme dit le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute."

L'être se saisit davantage dans les durées minuscules, les gestes les plus humbles, les pensées les plus fragiles que la mémoire entretient, ou pas. Ajoutons qu'au seizième siècle la grande faucheuse avait le bras vigoureux. La mortalité infantile et celle des femmes en couches était très importante. Les épidémies décimaient les populations. Alors, sept ans c'était bien long pour attendre de vivre...

 

 

"Que sais-je ?"

"Je sais que je ne sais rien", disait déjà Socrate. La terre est si vaste, le ciel si infini. L'homme se perd aussi bien à l'intérieur de lui-même qu'à l'extérieur. Tant d'énigmes auxquelles les livres n'apportent pas de réponses. Et ça reste vrai au XXIe siècle. Malgré toutes les sciences. Le cerveau, par exemple, demeure un continent à moitié inconnu. Quant à l'origine de la vie, avec Dieu ou sans lui, on n'a pas fini de chercher, de se tromper, d'approcher une vérité qui aussitôt s'éloigne. Mais c'est peut-être parce que nous ne savons presque rien que les arts existent. L'ignorance est féconde dans sa volonté d'élucider les mystères qui nous constituent.


 

 

"La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi."

En écho, Rabelais disait que science sans conscience n'est que ruine de l'âme. Savoir être à soi demande d'abord de savoir être soi. Rien n'est plus difficile. Surtout si on a la tête malformée par les réalités alternatives qui pullulent partout sur nos écrans et alimentent les instincts les plus obscurs de l'humain. Comment savoir être à soi pour savoir être aux autres, voilà une question qui déborde les siècles.

 



Montaigne "Le reflet d'une vie" est publié aux éditions Aux cailloux des chemins dans leur collection Vu Par en partenariat avec le collectif Ad Radicem. Retourner à la racine des choses et des êtres, questionner encore et encore leurs commencements pour comprendre le tangible maillé d'intangible, jusqu'à la fin des temps... Le coffret, disponible en librairie, coûte 25 €.

Ps : Chères lycéennes et chers lycéens, je devine que l'expérience que vous avez vécue durera longtemps en votre mémoire. Mes petits commentaires sous les citations de Montaigne ont été écrits sans prétention, quasiment à brûle-pourpoint, au feeling quoi. Certains d'entre vous souhaiteront en savoir plus sur Montaigne. Je vous conseille vivement ces deux ouvrages, faciles à lire :

Antoine Compagnon, Un été avec Montaigne, France Inter / Éditions des Équateurs, 2013

Ainsi parlait Montaigne, Dits et maximes présentés par Gérard Pfister, éditions Arfuyen, 2021

Enfin, tout simplement, je vous dis un grand merci pour la beauté de votre travail.

 

jeudi 27 mars 2025

Anna Milani, Cantique du lac


Certains livres nous habitent dès que nous en franchissons le seuil. C'est le cas de Cantique du lac d'Anna Milani. Dans l'énumération qui constitue le premier texte, le lac est un lieu à la fois indéfini et défini, éclaté et rassemblé. Comme la chair et la peau. Comme la joie et la peine. Comme le sens et l'absence. Comme...

"Née lacustre", Anna Milani arpente ses enfances sans savoir marcher sur l'eau. Mais elle sait lire "le trouble sous la surface". Là où fraient toutes les énigmes de la langue et des rêves, de la mémoire qui trébuche sur l'oubli. Des souvenirs précis s'ancrent cependant dans le flux. Les mères [refaisaient les lits dans l'exactitude des plis], entre "apnées et soubresauts", avec la prescience que "le lac était de la même substance qui berce et qui noie". Le père, évoqué au singulier, n'en était pas moins présent. Pêcheur au filet, il initiait sa fille à la navigation sur les eaux sombres du crépuscule, dans la lenteur et le silence. Cependant que "le lac était partout" dans l'imaginaire enfantin. La langue "aux voyelles fermées" n'avait rien d'un lieu sûr quand la brume confondait les espaces du matin. Il fallait nommer les choses à voix haute "pour qu'elles existent" et l'auteure doutait même de son prénom.

Le lac, perçu ou non comme un paysage, débordait toutes les sensations d'appartenance. Les madones au fond du lit, avec [leurs yeux vert fauve], n'étaient plus mères de pureté et troublaient tant de questions à l'intérieur des corps caverneux. Les grottes à l'entour, (où les commencements s'originent), en éprouvaient le vertige. Le "dieu local" lui-même, en ses chimères païennes, ne tenait plus ensemble.

"Comment [dès lors] quitter le lac et "son charme de premier abri" ? En écrivant ? Ah ! Voilà bien encore une matrice opaque. "Il y avait toujours de l'eau dans mes phrases. Des mots flottants, des sens noyés et le mirage d'un destinataire au large.", observe Anna Milani. Sait-on jamais à qui le poème est destiné, lui qui met si longtemps à apparaître puis à s'échapper ? Les vers ne se refont pas comme les lits. Leurs plis ne restent pas dans les plis où suppurent "d'anciennes moisissures". La transparence est illusoire, elle résiste au polissage. Le cri souvent reste au fond de la gorge avec ses obscurités. "Une nouvelle langue", affranchie de la mémoire des mères et des berges, saura peut-être s'apprêter à la décantation du chant. Elle deviendra cantique voire, osons la paronymie, quantique. Dans l'ordre universel des particules, impénétrable, forcément impénétrable, et tout encore est à recommencer...

Extraits : 

Les mères n'avaient pas appris à nager. Alors que nous, les enfants, on se jetait à l'eau comme des poissons et on revenait le soir moins ajustés aux espaces clos. Nous n'étions pas encore établis dans une forme. 

*

Au nord du lac persistait une ligne de frontière que les orages ne passaient pas. L'autre pays n'était qu'une diverse orientation des courants d'air. Les contrebandiers se jouaient des douanes et traçaient dans la nuit leurs lignes d'errance au flanc des montagnes. À l'aube, ils jouaient un air de flûte dans la brume, à l'orée du village.

Tu les entends ? - disait l'aïeule.

Tu entends leur joie de fugitifs ? 

*

J'étais dans ma chambre, la seule qui donnait sur le lac, l'élément cardinal.

Je faisais l'inventaire des ailleurs enfermés dans mon paysage domestique.

Mer Baltique, mères lointaines, hauts plateaux de tiges ployées, falaises blanches, prairies de luzerne et crépuscules mauves, embarcadères confus dans les embruns, quais de gare fouettés par les vents, quelqu'un disparaissait sans cesse.

*

 

Tout être humain, rappelons cette banalité, a grandi quelque part. Et cette part, d'autant plus revisitée qu'elle demeure insaisissable, l'accompagne sur ses chemins. Les paysages sont des visages. Les visages sont des paysages. Sur la terre comme au ciel. Et c'est ainsi que le lecteur écrit avec le Cantique du lac d'Anna Milani. Ce magnifique ouvrage est publié aux éditions Cheyne dans la collection Grands Fonds. Il coûte 17 €.

 

lundi 24 mars 2025

Christophe Esnault, L'impatience à être sauvage

Dans L'impatience à être sauvage, le narrateur de Christophe Esnault questionne dès son premier texte la violence de la naissance. Le sang qui coule, la peur au ventre signifient-ils une permanence de la sauvagerie malgré la science de l'obstétrique ? Naissons-nous encore sauvages comme "avant le Néolithique" ou tout est-il mort "au XXIe siècle / Partout sur la Terre" ?

Sans jamais opposer explicitement l'animal à l'humain dit évolué ni le bien au mal, Christophe Esnault évoque les souvenirs des enfances champêtres et forestières. Le ton du poète, même émaillé de traits d'humour grinçants, reste souvent celui du constat. Une chienne tue un lapereau. Un carrossier percute des sangliers avec sa voiture. Un directeur d'école tabasse sa fille devant ses camarades de classe. "Un gars... se [vante] d'avoir tiré en un week-end deux ou trois centaines de cartouches lors d'une chasse aux oiseaux d'eau". "La fête et la joie étaient de tuer", commente en italique le narrateur à la fin de son poème. Lui-même a éprouvé cette exaltation de la chasse avec ses copains au bord des rivières et dans les bois. Mais la jouissance du plaisir épargnait les affres du sandre abandonné sur la berge. "On [l'assommait] à coups de poing". Alors qu'il aurait suffi de rendre la bête à son milieu naturel. Entre conscience et inconscience, sauvagerie et civilisation, la violence est toujours ambiguë. Que penser, par exemple, de celle du psychiatre qui harcèle sa patiente pour qu'elle accouche de son passé, de celle du chirurgien qui dénie la souffrance de l'enfant brutalement opéré ? Comment le narrateur peut-il résister au phantasme de sa propre violence ? Dans quelle mesure est-elle liée au trauma d'être né ? L'impatience à être sauvage est-elle vraiment un désir contre l'éducation réduite à la domestication ?

La litanie des questions s'étend aussi, évidemment, au domaine de l'amour. Là encore, Christophe Esnault s'en tient au constat. La pornographie sur papier glacé laisse deviner l'urgence de l'assouvissement à l'âge pubère, retardé par les embarras du corps retouché dans le miroir. Sans doute la chair a-t-elle besoin de la douleur pour que l'émoi s'émeuve pleinement. Une douleur prédatrice sur l'écran des chimères. Comme au temps paléolithique en ses eaux placentaires...

Enfin, soulignons la dimension politique et sociale de cette poésie à pointe sèche. "Tous les scénarios sont disponibles / Le massacre est à réinventer". La cruauté affiche son potentiel dans l'armurerie où le narrateur, jeune apprenti, a vendu des poings américains. Trente ans après, il se souvient du bruit qu'il imaginait, de l'arme "fracassant un crâne". Il se souvient aussi de la violence institutionnelle qui a éborgné de nombreux gilets jaunes et conduit tant de travailleurs à la tentation suicidaire. Alors que notre époque s'enfonce inexorablement dans un futur dystopique, L'impatience à être sauvage ne laissera pas indifférent le lecteur confronté au mal chevillé avec le bien.

Extraits :

Alors qu'avec un camarade

On essayait de pêcher des gardons

Avec un morceau de grillage

Dans un jardin et sa tranchée

Ouverte sur la rivière

Nous fûmes confrontés à une brute avinée

Qui nous enseigna que ce que nous 

faisions là était

                Le mal absolu

*

Nous aimions tous notre tante

Angéline

Elle vivait seule dans une maison

Avec beaucoup de terrain

& travaillait tout le temps

& souvent, les mains dans la terre

Elle tuait et dépeçait les lapins

Les chats lui apportaient des cadeaux

Souris

Vipères

Rongeurs

Un jour une chatte l'attaqua

Attaque terrible relata-t-elle

Elle avait eu 

        Le tort de tuer ses petits

Sa puissance sexuelle met le feu

au collège

& on t'accuse

Parce que tu as su parfaitement

Avec précision

& olfactivement

                        La regarder

Élever des enfants

Aurait été pour lui

Sensiblement le même geste

Que celui consistant à

Leur couper les cheveux les bras

les jambes

                    Pour leur bien


Des dessins d'herbes sauvages, de troncs coupés, de branches entrelacées, d'anfractuosités aqueuses et minérales, de trouées dans les nuages accompagnent le livre sur ses chemins dérobés à la mémoire. Ils sont l'œuvre d'Aurélia Bécuwe. "Enfant, à la campagne où elle vivait, [elle] fumait des tiges de clématites". Elle est désormais archéologue et "bidouilleuse".

L'impatience à être sauvage de Christophe Esnault est publié aux éditions La nage de l'ourse, maison associative sise en milieu rural à Surgères (Charente maritime). L'ouvrage compte 103 pages et coûte 18 €.


 

jeudi 13 mars 2025

Ce qui me passe par la tête


Ce qui me passe par la tête ce 12 mars 2025 à 07h 26 n'est pas différent de ce qui s'y passait hier à la même heure et avant-hier c'était pareil et la semaine dernière aussi et et................................... Mon cerveau électrique est traversé du même charabia depuis que je suis né à Paris le 6 octobre 1955 à 03h 25. Des morceaux de bruits. Des morceaux d'images. Rien n'est jamais complet. Rien ne prend jamais vraiment les mots aux mots. Avec quoi ? Avec qui ? Pour quoi ? Pour qui ? Je ne sais pas. Poserais-je la question si je savais un tant soit peu ? Aurais-je davantage de prises sur le réel si, cramponné à des rudiments de savoir, j'esquissais des hypothèses ? De plus en plus souvent je pense à l'hologramme brisé de Claude Lévy-Strauss................................. Il avait 90 ans quand il a publié cet article. Il voyait de moins en moins bien les couleurs dont les espaces perdaient leurs contours et se désassemblaient. Les zones précises et les zones floues brouillaient toutes les significations. Comment, dès lors, agencer le langage pour qu'il féconde la langue ? Comment apprivoiser les eaux troubles de la mémoire ? Comment ne pas se disloquer jusque dans les gestes les plus simples ? Comment ne pas s'égarer dans le mille-feuille des durées ? Les assombries universelles que nous vivons désormais aggravent ces phénomènes de guingois. Le bien et le mal vont cul par-dessus tête. Le beau comme le laid sont des masques grimaçants. Alors je ne sais pas. Mon corps s'amoindrit et mon ignorance augmente. C'est peut-être ça, aller vers la mort. On n'apprend pas le chemin qui y mène puisqu'elle est inconnaissable. Et cependant je continue à écrire, ici et ailleurs. J'en éprouve encore quelque menu plaisir. Grâce à la présence aimée qui me soutient depuis plus de quarante ans et sans laquelle je ne suis rien. Voilà tout...................

Portrait de Brigitte Giraud par Claude Bellan, cet homme qui aimait tant Montaigne et les femmes. Et que nous aimons toujours.

lundi 10 mars 2025

Nathalie Man et Victor Simoneau, Nous serons infatigables


Nous serons infatigables
est un poème de Nathalie Man gravé sur une mosaïque de Victor Simoneau. Cette coconstruction à voir et à lire témoigne de l'humain inachevé, dont les libertés sont sans cesse à remettre sur l'établi de la volonté. Et particulièrement celles des femmes qui, en 2025, voient leurs droits de plus en plus menacés. Viols et féminicides continuent d'empoisonner la chronique des faits divers et concernent toutes les positions sociales. Ces drames, ne l'oublions jamais, sont la conséquence de violences multiples et répétées, dans la sphère professionnelle comme dans la sphère privée. Dans le même temps, un masculinisme décomplexé ressurgit, avec ce genre de provocation : "Vos corps nous appartiennent !" Les replis identitaires nourris par des radicalités politiques et religieuses remettent en cause l'avortement, les orientations sexuelles, et la libre disposition des visages... Ces offenses aux femmes dans toutes les dimensions du réel (concret, symbolique, imaginaire), sous le joug du désir de possession et de la volonté de puissance, entravent aussi bien les hommes enchaînés à la pensée réductionniste.

Le poème-manifeste de Nathalie Man illustre cette double articulation. Le "nous" y est conjonctif. Les apostilles aux couleurs de l'arc-en-ciel LGBT lient le féminin et le masculin dans la légitimité des droits. La nécessité de déconstruire les modèles archaïques pour reconstruire les modèles conquis de haute lutte du plaisir et du consentement est l'affaire de tous. Rien n'est jamais achevé dans l'histoire humaine et c'est  cet inachèvement qui en féconde l'historicité. 

La mosaïque de Victor Simoneau n'est pas que le support du poème. Sa géographie exprime le mouvement de ce qui se défait à ce qui se refait, sans cesse à "recommencer". L'artiste est ici un œuvrier sous l'emprise de l'émail qui maille, dans la patience du geste et tout un continent apparaît. Ses contours évoquent aussi bien l'Amérique du Sud que l'Afrique avec son île en contrepoint. On peut aussi le nommer "loyauté", "confiance", "égalité". Pour que l'espoir luise davantage qu'un brin de paille.

Notons enfin la signature de l'auteure, seulement ses initiales : NM. Chacun peut y reconnaître l'universelle condition humaine et s'approprier les fragments du poème. Quant à Victor Simoneau, fidèle à la tradition millénaire des mosaïstes, il se considère comme un artisan-assembleur et ne signe pas. Dans un siècle ou deux, lors d'une restauration de son travail, quelqu'un, peut-être, découvrira son nom blotti entre deux tesselles, tremblant, forcément tremblant. Espérons que d'ici là, le vaste chantier des droits des femmes unis à ceux des hommes aura gagné de nouveaux espaces.

Nous serons infatigables de Nathalie Man et Victor Simoneau est visible sur un mur de la mairie de quartier à Bacalan (Bordeaux). L'œuvre a été inaugurée par Pierre Hurmic maire de la ville, en présence de Vincent Maurin maire-adjoint de Bordeaux-Maritime et initiateur de ce projet humaniste.  La slameuse Khadija Jakhadi et la chorale des Gardiennes de la Terre ont également ému le public. 

Nathalie Man, arpenteuse de la poésie en toutes latitudes, a notamment publié Le journal d'Elvire (1852-2017) suivi de Histoire d'une femme du XXIe aux éditions Le Bord de l'Eau en 2019 et Les hommes sont absents chez Lanskine en 2023.

dimanche 9 mars 2025

Un poème au pied levé


Un poème au pied levé

Va-t-il  marcher ou s'envoler

Va-t-il rester suspendu entre deux étendues

Va-t-il dire quelque chose de la matière visible

Va-t-il se diluer dans l'intangible

Va-t-il va-t-il 

Le réel est un court-bouillon électrique

Où les mots font tant de charivari

Que bien peu sont saisis 

Ils sont empêchés comme les corps

Entre espace et durée

Entre ombre et lumière

Entre le dit et le tu

La mémoire et l'oubli

Les plis et les déplis

Le poète est un apprenti ferrailleur 

Il coupe quand il faudrait souder

Il enfonce le clou qu'il voulait extraire

Il rebrousse la langue apprêtée au lissage

Et le poème au pied levé 

Tout perclus d'hématomes d'échardes d'entailles

A des suppurations hypodermiques et des spasmes

Aucune marche ne lui ouvre vraiment un chemin

Aucun envol ne le lance vraiment vers le ciel sans azur 

Et c'est ainsi depuis les premières lueurs tombées des confins

Dont on n'a jamais su s'emparer

Depuis les premiers signes des pierres

Dont l'énigme résiste

Depuis les premiers cris

Dont l'écho nous tient encore le ventre

Depuis demain déjà là hier

Depuis les larmes à l'affût sous les rires

Depuis depuis

Jusqu'à jusqu'à

C'est ainsi si si

Tant qu'il y aura des mots

 

Image : Nicola Samori, Kampa Museum Prague, Preparing for Darkness

jeudi 6 mars 2025

Le printemps des poètes sans les hirondelles


Le printemps des poètes revient mais en 2025, le voilà déjà moisi entre les pieds. Les hirondelles restent avec les mélancolies sous les auvents. Les chats ne se promènent plus parmi les livres. Les loutres de Mingarelli repoussent les murmures de l'eau loin des rocailles. Les abeilles, naguère ivres de leur vol fou, s'empalent sur les épines des roses. Les papillons suffoquent dans la tourbe des marais. Et les mots s'en ressentent qui ne vont plus en procession de la terre jusqu'au ciel. Ils ont du plomb dans l'aile. Ils ont le crin poisseux des beautés maquillées. La glu des métaphores étouffe leur chant. Le marécage ésotérique empoisonne leur audace. Les vers sont des vermines borgnes. Les vers sont des arbrisseaux sourds. Ils ne voient plus le monde. N'entendent plus les soupirs montés des fondrières. Ils rampent sur des tréteaux bancals et accouchent du vide. Ils courtisent les patronnesses mal peignées des clubs. Ils se tortillent devant les tenanciers des maisons de passe. 

Les hirondelles, les chats, les loutres, les abeilles et les papillons pressentent qu'ils ne survivront pas à la défaite de la poésie. Mais comment la réenchanter ? Avec qui ? Quelques fiévreux déparlent encore quand la nuit blanchit les ombres. Leurs yeux chavirent. Leurs bras ont des remuements d'aiguilles sèches. Et ça crisse et ça crie. Là où ça crasse et macère. Dans le sang caillé des cicatrices. Dans les rires édentés qui chancèlent. Une hirondelle parfois se juche sur une épaule. Un chat parfois se frotte contre une jambe cependant qu'une loutre ondule et bat des cils. Et les abeilles et les papillons vibrionnent. La fièvre se retire dans ses plis. Les visages apaisent les tourments du corps. Des mots assemblent des murmures traversés de vents ou de pluie. Le jour dessine quelques joies minuscules. Un brin d'herbe ici, un caillou là. Il n'en faut pas davantage pour esquisser un paysage. Ses traits apprivoisent lentement l'invisible. Un autre brin d'herbe apparaît, penché sur un autre caillou. Et c'est bientôt tout un chemin remonté des enfances. Avec sa poésie du peu. Le peu d'une goutte blanche le long d'une tige. Le peu d'un éclat d'argent sur la pierre sombre d'un appentis. Ces images-là, simples et nues, qui durent longtemps. Dans les scissures de la boue comme dans celles du ventre. Le cerveau les retouche après qu'elles ont baigné en ses flux magnétiques. La goutte roule au bord de la chute. L'éclat d'argent bondit de pierre en pierre. Quelque chose va survenir. Les remuements d'une course dans un champ de corbeaux. Les plaintes d'une ombre derrière une palissade. Le profil d'une lame brandie au-dessus d'un billot. Un cri s'en suivra qui plantera ses aiguilles sur la peau d'un rêveur inquiet de naissance. Il aura en se réveillant le pas lourd des mémoires disloquées. À moins que. Les coulisses du cerveau recèlent tant d'échappées. Le rêveur appellera Mingarelli. Il arrivera avec ses semelles de neige et d'écume. Il laissera parler ses yeux. Ils diront que la palissade et l'appentis sont des mirages et qu'on peut les apprivoiser. Puis le poète, entouré de ses loutres, sera rejoint par les hirondelles, les chats, les abeilles et les papillons. Il y aura un long silence. Un silence d'avant les commencements. D'avant les premiers soupçons.  Quand la matière générait des extases matérielles sans falbalas. Et Mingarelli donnera la parole aux hirondelles :

- C'est parce que nous avons rejoint notre mélancolie que les assombries ne nous tueront pas.

Puis aux chats :

- C'est parce que nous cultivons notre ironie que nous ne redoutons pas les drones qui transpercent les nuages.

Puis aux abeilles :

- C'est parce que nous avons appris à nous méfier des roses que nous ne sommes plus dupes des propos mielleux.

Puis aux papillons :

- C'est parce que nous résistons aux vapeurs des marais que nous déjouons les exhalaisons guerrières.

Et les loutres auront le dernier mot :

- Nous avons voyagé avec Mingarelli pendant des années. Sur terre et sur mer. Nous avons marché dans des rivières et suivi le sillage des milans sous l'azur. Nous avons entendu des enfants naître et des combattants mourir. La solitude nous a souvent rendu visite. C'est une comédienne sans égale. On la croit cafardeuse et la voilà qui danse en tirant la langue. On la croit joyeuse, prête à minauder, et la voilà grimée en cavalière de l'apocalypse, à hue, à dia, empirant le pire et perdant tout empire. Elle nous sauve pourtant, si nous faisons bon usage de ses présences. La poésie, consciente en ses fièvres de la fragilité n'est pas condamnée à la défaite. Le moisi entre les pieds n'est pas une fatalité. Il provient d'une nécrose tissulaire imputable à la position des mal assis sur leur trône de guingois, laquelle génère aussi des plaques d'athérome et des glaires œsophagiques. Un seul remède : la marche dans tous ses états. La marche qui flâne. La marche qui butine. La marche qui ricoche. Flâner, butiner, ricocher. Les poètes qui ne marchent pas sont des charognes. Infâmes. Forcément infâmes...

mercredi 5 mars 2025

Relire Mademoiselle Chambon d'Eric Holder, ce plaisir-là


Comme Michèle Desbordes et Hubert Mingarelli, Éric Holder fait partie des auteurs que j'aime et dont on ne parle plus guère. Mademoiselle Chambon est un roman bref où la poésie laisse pressentir le drame qui se joue entre Antonio le maçon portugais et Véronique Chambon l'institutrice de son fils Kévin. Avec si peu de mots, si peu de gestes. Et le mystère reste entier : comment deux individus, au premier regard, entrevoient qu'ils sont faits l'un pour l'autre ? Anne-Marie, la femme d'Antonio, devine cette cette attirance contre laquelle elle ne peut rien. Même la bourgade assoupie de Montmirail a des intuitions. Véronique Chambon n'est plus exactement la même quand elle marche dans la rue. Antonio n'est plus exactement le même sur les chantiers. Un jour, Véronique lui demande de remplacer une fenêtre chez elle. Une audace qui la dépasse, jusqu'à regretter son désir, et plus elle le regrette plus il la taraude. Antonio découvre une intimité dont les signes lui échappent. "Lui qui n'était pas grand se trouvait soudain trop lourd au centre de cette pièce." L'institutrice est musicienne. Elle a deux violons dont un muet pour ne pas déranger les voisins quand elle s'entraîne.  À dix-sept ans, elle a accompagné son amie Mathilde à Pleyel dans une sonate de Fauré. Mathilde est devenue une pianiste connue qui donne des concerts à l'étranger. Véronique, pourtant troisième prix de violon au conservatoire de Troyes, est devenue institutrice. Quelque chose, sans doute, lui aura manqué, un défaut minuscule de sa présence au monde peut-être. Les destinées tiennent à si peu, parfois...

Quand la pose de la nouvelle fenêtre est terminée, Antonio formule à son tour une demande audacieuse : "C'est stupide... J'ai presque fini, et je pensais... Ce serait un air... Enfin, vous n'appelez peut-être pas ça un air... Il montrait le violon. Je n'ai jamais vu ça qu'à la télévision." Alors mademoiselle Chambon joue Bartók et offre au maçon son récital pour violon seul enregistré lors d'une diffusion sur France-Musique.

Extrait :

"C'était un de ces sentiers dont même les cadastres ne gardent pas la trace, et qui ne servent qu'à amener les tracteurs un champ plus loin. Il n'aboutissait à rien, c'est-à-dire au sommet de la colline, d'où l'on pouvait voir, au-delà de l'étendue du blé qui commençait à se former, Montmirail...

... Plus tard, souvent, il reviendra au bout de ce chemin. Le blé mûrira, des orages auront créé des verses dans les épis. Puis, la moissonneuse passée, ce sera sur les chaumes que planera la sonate pour violon seul, toutes portières ouvertes, tandis qu'il verra les cheveux courts et noirs effleurer l'instrument, enfin ce sera sur la terre nue, remuée à grosses mottes, épaisse, huileuse presque, des corbeaux s'y abattront, mais là, ce sera l'hiver, et la chape posée sur le souvenir de mademoiselle Chambon regardant comme lui les champs en juillet."

 

Éric Holder s'est suicidé en 2019 dans sa maison du Médoc, deux mois après le décès de son épouse, l'éditrice Delphine Montalant. 

samedi 1 mars 2025

Collectif Pour Le Moment, lecture musicale, 7 mars


Le collectif de poésie Pour Le Moment lira des textes d'autrices et d'auteurs contemporains à la bibliothèque municipale des Capucins (Bordeaux) à 18 h :

Mila Tisserant, Contre-fugue, éditions du cygne,  2022

Pascale Petit, Sujets d'émerveillement, éditions Série discrète, 2024

Thierry Metz, Lettres à la bien-aimée, éditions Gallimard, 1995

Perrine Le Querrec, Ruines, éditions Tinbad, 2017 

Ivar Ch'Vavar, Les Glandes Tyroliennes, éditions Flammarion, 2008

Alexandre Gouttard, Dommage, éditions de la Crypte, 2024

Marlène Tissot, & compagnie, éditions mgv2>publishing, 2015 

Christophe Sanchez, La femme au balcon, éditions Tarmac, 2024

Raphaëlle George, Éloge de la fatigue, éditions Lettres Vives, 1985

Michel Suffran, Clairières dans la ville, éditions Pleine Page, 2013

Grégory Rateau, Le Pays incertain, éditions de la rumeur libre, 2024

 

Ces voix, à bas ou à haut bruit, sont à la fois différentes et semblables pour dire les petites fêlures de l'humain comme ses grands précipices. L'humour teinté d'ironie voisine avec quelques imprécations et c'est ainsi que le bouquet de la poésie nous enivre de mille et une senteurs, à effeuiller du bout de la langue.

 

Extraits :

"Tu t'ignorais toi-même mon pauvre, pauvre Arthur Rimbaud... La poésie française ne s'en trouve que plus amochée. Elle a traîné dans les gares, les aéroports les baraques. Voilà que maintenant elle traîne ses printemps. Reviens vite ou bien crève." (Mila Tisserant)

 "elle trame à t'épier // parée, elle m'attire / piratée, elle trame / la réalité empêtrée / elle aime être à part / la tête emplie rare / prête, elle t'aimera / elle trime à épater / elle trame à t'épier / tapie, elle m'arrête / elle mate à étriper". (Pascale Petit)

"Être où le mot est une chambre. / Lui voler sa blancheur, son dallage, sa table. Où peut-on imaginer que je sois avec mes mains de maçon ? / Là. Précis comme l'allège d'un mur. Mais toujours dans la chambre où chaque soir je t'allume un petit cahier avec des yeux de merle." (Thierry Metz

"Pour Unica je vois de grandes villes abandonnées, des rues vides, maisons exsangues, cours dévastées. Pour Hans, je vois des grottes et des gouffres, des cavernes creusées dans les flancs, des murmures, des silhouettes : c'est la porte qu'il referme, la Poupée en voile noir au fond de la chambre." (Perrine Le Querrec

"Vous cherchez la poésie avec la vue, des gros yeux. Je vois vos gros yeux qui sont dans la nuit. Je vois vos gros yeux qui cherchent peureusement, je vois vos groseilles, vos perles de rosaire - je vois votre gros sel, je vois la route avec du goudron." (Ivar Ch'Vavar)

"Je ne me suis jamais battu que contre moi-même / Je n'ai jamais traité personne de fils de pute à part toi Alejandro / Je n'ai jamais cassé la gueule qu'à des reflets / Et puis j'ai jamais voulu tuer personne moi / Je ne pense pas que ce soit normal Alejandro." (Alexandre Gouttard

"Non / je ne suis pas d'accord / le silence n'a rien de gracieux / d'élégant ou de / docile / parfois le silence / c'est juste des mots qui restent coincés / des choses trop grosses pour passer dans le gosier / un peu comme des grenades / qui finissent par nous exploser en dedans." (Marlène Tissot

"Il y a un calme étrange ce matin sur les balcons. La chaleur n'est pas encore arrivée. Chaque fenêtre peu à peu s'éveille, étire ses longs volets comme on le fait de nos bras. Et ça craque. On entend les os de la rue se déboîter. Ici une épaule grince, là on joue des coudes pour bien démarrer la journée." (Christophe Sanchez

"Comme la fatigue se porte bien en nous, / elle nous gagne sans nous atteindre si nous ne cédons pas. / Seule, elle peut nous donner un peu de cette secrète intelligence / qui ne nous appartient pas / et qui garde en nous / malgré soi la mémoire de tout ce qui est humain." (Raphaëlle George

"Maja vestida d'un lambeau d'arc-en-ciel, elle rayonne encore, éclairant la nuit épaisse. Au fait, de quelle voix chantait-elle donc, notre alouette à l'œil vif ? Ah ! Sûrement pas la ritournelle des chastes perruches ou des serins apprivoisés !" (Michel Suffran)

"Pluies frileuses / alopécie du ciel / loin des cascades à présent stériles / qui ne viendront plus adoucir mes nuits / toutes ces "villes intérieures" du manque / ne reflètent que soupirs / parapluies décoratifs / imperméables à vif remisés / dans les zones d'ombre, inutiles" (Grégory Rateau

 

Cette lecture musicale sera suivie d'un entretien avec la poétesse Ysiaka Anam, auteure notamment de Et ma langue se mit à danser, éditions La Cheminante, 2018 et Nos peaux en portent les sillons, éditions Atlantiques déchaînés, 2024. 

Le collectif Pour Le Moment remercie la bibliothèque municipale de Bordeaux ainsi que Thierry Castets, de la bibliothèque annexe des Capucins.