Dans sa préface à Geográfica Mente de Miguel-Ángel Real, Jesús Cárdenas écrit : " Pour ceux qui ont l'âme pérégrine et la curiosité innée, la géographie est une odyssée à travers le temps et l'espace, une nouvelle rencontre avec l'enfant que nous avons été, portée par l'étonnement inaugural devant l'immensité de notre planète... Le vers confère à la topographie une portée morale : demeurer au bord, accepter l'incertitude comme une façon de connaître... Chaque cicatrice sur la terre, chaque rivière qui serpente, chaque montagne qui s'élève reflètent nos propres tumultes."
Ces deux nouvelles traductions-interprétations essaient d'en témoigner, fragilement.
MEANDROS
Cómo aunar el vaivén
del agua y de la mente,
la mirada que pesa y no consigue
dominar el paisaje ?
Cómo no ser capaz
de fundirse entre las curvas del río
que se acerca y se aleja y se deshace
y se acoge a un ritmo sin preguntas
y abre recovecos con su paciencia ?
Cada vez estoy más
y soy menos, y no quiero meandros
ni aprender a revocar trayectoras.
MÉANDRES
Comment assembler le va-et-vient
de l'eau et de l'esprit,
le regard qui pèse et échoue
à dominer le paysage ?
Comment n'être pas capable
de se fondre parmi les courbes du fleuve
qui s'approche et s'éloigne et se défait
et se donne à un rythme allant de soi
et s'ouvre à des replis en sa patience ?
Chaque fois dans l'instant je suis davantage
et si peu tout au fond, je ne veux ni les méandres
ni apprendre à nier les chemins
SENDERO
El barro aspira, desde su humedad,
a confinar al paseante incauto.
Pero su obstinación
es demasiado blanda.
Porque el sol permanece
y el barro se apresura a regresar
a la fragilidad que le da nombre,
se pulveriza y así, casi inerte,
espera que otras lluvias
le devuelvan entera su materia.
Con el tiempo, el barro
sabrá sobrevivir
en el recuerdo de todas las huellas
que volverán a abrir
el ciclo de los elementos puros
en este período
de inestabilidades atmosféricas.
Nosotros deberíamos tal vez
crecer de ese consuelo.
SENTIER
L'argile aspire, depuis son humidité,
à contraindre le promeneur imprudent.
Mais son obstination
est trop molle.
C'est que le soleil perdure
et l'argile retourne vite
à la fragilité qui la nomme,
elle s'égruge et la voilà presque inerte,
elle attend que d'autres pluies
lui rendent sa matière entière.
Avec le temps, l'argile
saura survivre
dans le souvenir de toutes les traces
qui ouvriront de nouveau
le cycle des éléments purs
en ces durées
d'instabilités atmosphériques.
Peut-être devrions-nous
grandir en cette consolation.
Note sur la traduction : Pas facile du tout de traduire " Cada vez estoy más y soy menos". Il y a l'instant de l'être dans le regard porté sur les méandres, qui ancre une émotion, un sentiment, une pensée, peut-être une volonté d'essayer de maîtriser le visible lié à l'invisible. Mais cet instant passe comme passent les eaux entre apaisement et tumulte. L'être en ses tréfonds est repris par le taraud des questions. "Comment assembler le va-et-vient de l'eau et de l'esprit, le regard qui pèse et échoue à dominer le paysage ?" Alors il devient moins, durablement, et s'empêtre dans des refus contradictoires. Finira-t-il égrugé comme l'argile dans le deuxième poème ?












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