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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

vendredi 11 septembre 2026

Le participe passé et moi


Ainsi donc, l'information circule sur les réseaux sociaux, la grande pédagocratie parisienne envisagerait d'abroger la règle épineuse de l'accord du participe passé avec le verbe avoir. Les écoliers et les collégiens suant sang et eau pour essayer de se l'approprier.  Il est vrai que, simple à la base, elle recèle aussi quelques pièges. Tout dépend de ce fichu complément selon qu'il est agissant ou subissant. L'exemple le plus souvent cité est celui-ci : les musiciens que j'ai entendus jouer (on accorde parce que ce sont les musiciens qui jouent) et les musiques que j'ai entendu jouer (on n'accorde pas parce que les musiques sont jouées).

Alors je ne sais que penser vraiment.  Soit je cède à mes tentations conservatrices (pas touche !), soit, les chausse-trapes de la grammaire conduisant trop souvent les élèves à trébucher, on adapte. Mais jusqu'où ? Voilà le problème ! Après l'éradication de l'imparfait du subjonctif et la réduction de l'apprentissage du passé simple aux seules premières et troisièmes personnes du singulier et du pluriel, je m'inquiète. D'autant qu'à l'école élémentaire, le trio grammaire-conjugaison-orthographe a été remplacé par le sigle ORL (Observation Réfléchie de la Langue). Voilà une trouvaille à laquelle je me suis montré obstinément sourd (je ne résiste pas au jeu de mots...) pendant mes dernières années d'enseignement. 

Et la question que je me pose concerne l'accès de nos jeunes à la littérature. Ils ne pourront pas lire Flaubert, le patron des lettres françaises. Mais ils ne pourront pas lire davantage Frédéric Dard, le créateur gourmand du commissaire San Antonio et de l'inénarrable Bérurier. Une langue sans grammaire est une langue-poulpe, qui dégouline selon les poussées des vents idéologiques.  Et le réel s'en trouve d'autant invertébré. Dans le corps. Dans la pensée. Dans les affects. Etc. Lesquels sont de plus en plus matraqués par le globiche de la publicité, de l'information à jet continu, de la banque, de l'entreprenariat...  Tout ça sans oublier l'Intelligence Artificielle, œuf corse (clin d'œil à mon commissaire titillé aux commissures). À quoi bon apprendre à écrire correctement pour rédiger un CV, postuler à un emploi ! En deux secondes, l'IA rend la copie. Bientôt, elle pondra à la chaîne de la niou romance et du fil goude qu'elle vendra directement sur ses réseaux. Plus besoin d'éditeurs ! Plus besoin d'auteurs ! Plus besoin non plus de savoir jacter français ! Et elle clamera urbi et orbi, comme la p'tite Sandrine : "j'en ai rien à péter !".

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